Dimanche 29 janvier 2006

 

Interview d'Eric Belile

2006-05-31

Eric Belile est l'auteur du livre Le petit beur nantais publié aux éditions Les 2 encres.


Rue des Livres - Quel est le chemin parcouru entre la première idée : je vais écrire un livre et la réalisation concrète du projet ?

Eric Belile - Au tout début, je ne savais pas que ce que j’écrivais allait devenir un livre plus tard. Un soir, devant mon micro, j’ai noirci plusieurs feuilles. Le lendemain, je m’y suis remis et j’ai poursuivi. J’avais envie d’exprimer par l’écriture certains sentiments, certains souvenirs enfouis. J’ai mis un an et demi à écrire le Petit beur nantais entrecoupé d’une période de six mois où je n’avais pas envie d’écrire.
Quatre cent pages plus tard, je finissais de boucler mon livre. A l’origine, ce livre sur micro n’étais pas destiné à être lu, d’une part parce que j’y livrais ma vie intime et par ailleurs, je ne me reconnais sincèrement pas les qualités d’un écrivain.
Je l’ai donné toutefois imprimé puis donné à une amie lectrice assidue. Le lendemain matin, à huit heure, je recevais un appel téléphonique pour m’entendre dire qu’elle avait passé la nuit dessus et qu’il fallait absolument que l’envoie à des maisons d’édition. Elle l’avait sincèrement apprécié. J’en étais particulièrement fier mais encore dubitatif, estimant que son jugement pouvait être troublé par l’affection qu’elle me portait. Dans la foulée, je l’ai fait lire à mon épouse… Le lendemain soir, en rentrant du travail, je découvrais ma femme dans le canapé finissant le dernier chapitre. J’attendais silencieusement et impatiemment ses impressions, d’autant qu’elle ignorait pour partie cette période de ma vie. Elle termina le livre, le referma silencieusement et je vis deux grosses larmes rouler le long de ses joues. « Les sentiments sont vraiment à fleur de peau, j’ai vraiment aimé ». Je pouvais aisément croire en la véracité de ses propos ; en effet, un an plus tôt elle m’avait déclarée naïvement que je serais gentil de mettre mes toiles (je suis peintre occasionnel) au bureau parce que ce n’était pas du tout son goût et que les tableaux d’un de mes amis rendaient mieux avec notre environnement. Dont acte !!.
Du coup, j’y croyais, je venais de faire un livre, moi !?!?
Ce que j’avais écrit pouvait non seulement être lu, mais intéresser jusqu’à émouvoir… C’était impensable !!!
J’ai passé le dimanche suivant à imprimer, massicoter, et confectionner 12 livres destinés aux maisons d’édition.
J’allais peut être un jour être sur les étagères des libraires…

Rue des Livres - Comment décide –t-on à partir d’une idée de rédiger un livre et comment passe t on ensuite à l’écriture ?

Eric Belile - J’avais déjà écrit quelques essais et quelques nouvelles. Tout cela restant très personnel et relativement confidentiel.
Pour ma part, et à la réflexion, s’agissant du Petit beur nantais, j’avais besoin de coucher cette période extraordinaire de ma vie : mes huit ans et d’y retrouver une certaine nostalgie oubliée et une thérapie salvatrice. Je n’avais presque jamais parlé de mon passé (un peu particulier) à qui que ce soit et subitement, j’avais envie de le manifester sans le dire mais plutôt en l’écrivant.

Rue des Livres - Quelles sont les conséquences pour l’entourage et soi-même pendant le temps de rédaction ?

Eric Belile - Etant d’un naturel promouvant et parfois exubérant, ma famille fut surprise de me voir m’isoler régulièrement dans ma chambre dès la dernière bouchée avalée, ou encore à me surprendre écrire à deux heures du matin dans la salle de séjour.
Je supportais assez mal le bruit, demandant à mes enfants par souci de concentration de parler doucement ou à voix basse en pleine journée?!
Une humeur sinusoïdale, passant du dépit à la suite d’une suppression d’un chapitre entier que je considérais mauvais, à la satisfaction bruyante d’un passage bien ficelé.

Rue des Livres - Avez-vous écrit de manière spontanée ou bien avez-vous fait des recherches de style littéraire, vocabulaire etc. ?

Eric Belile - J’avais rédigé un plan, mais je tapais au kilomètre tant que la perception de l’action était figée dans ma tête, ignorant volontairement les fautes de frappe, vocabulaire et concordances des temps. Ce n’est qu’une fois le chapitre terminé que je reprenais tout, en corrigeant, rectifiant et améliorant si possible certaines lourdeurs ou préciosités de certains passages.
La première chose urgente fut la correction… En effet, je fais partie de cette catégorie de gens qui ne lise pas beaucoup et par voie de conséquence ont tendance à faire des fautes d’orthographe et de syntaxe. Le correcteur Windows m’a bien aidé, constatant à chaque page terminée, une myriade de mots soulignés en rouge.
Ensuite, nous avons repris tous les verbes afin de peaufiner la concordance des temps. Un calvaire, le ‘Bescherelle’ étant devenu mon livre de chevet.
Cette période a duré deux mois.

Rue des Livres - Est-ce que l’édition du livre était prévue avant l’écriture ou est-ce l’écriture qui a provoqué l’envie d’édition ?

Eric Belile - Pas du tout, rien n’était prévu en matière d’édition. Ca ne m’a pas effleurer l’esprit une seule fois durant l’écriture. D’une part parce que j’étais loin de me douter qu’il allait devenir un véritable livre et d’autre part, n’étant pas littéraire je ne pouvais absolument pas imaginer que par la suite, ça allait « cartonner ».

Rue des Livres - Une fois le livre rédigé, quelles ont été vos méthodes pour le faire éditer et le résultat

Eric Belile - Nous avons pensé qu’il fallait l’envoyer dans les grandes maisons (on ne sait jamais) mais également à des maisons d’édition régionales. Après avoir consulté Internet, une liste de douze maisons fut adoptée. Une semaine après, la plupart des grandes maisons m’ont envoyé un courrier me précisant avoir bien reçu mon livre et que le délai de réponse était en général de deux mois. Mon livre était donc dans le circuit et l’ouverture de la boîte aux lettres était devenu mon premier réflexe du matin.
Deux semaines plus tard, j’ouvrais fébrilement une grande enveloppe expédiée par Amalthée. Il s’agissait d’un contrat d’édition en deux exemplaires !!! Une carrière d’écrivain venait de naître… suivi immédiatement d’un pincement au cœur à la lecture d’une participation financière à la charge de l’auteur ?!
Le constat était déprimant : J’avais mis un an et demi à écrire et, pour que d’autres puisse le lire, je devais payer 3000 Euros.
Rien ne semblait logique, je passais du statut enviable d’écrivain à celui de scribouillard au rabais. Le contrat fut soigneusement écarté et rangé en attendant d’autres réponses.
Trois semaines plus tard, je reçu un coup de fil au bureau de la maison d’édition Les 2 encres. « Nous avons eu un réel coup de cœur pour votre livre et nous acceptons de l’éditer ! » Retour à la maison à 150 Klm/heure afin d’annoncer cette super nouvelle.
La décision fut prise de réserver poliment notre réponse afin d’attendre celles des Gallimard, POL, XO, Hachette, etc.
Deux mois plus tard, les courriers de refus très gentiment formulés tombaient successivement. La réponse d’X.O. nous avait bien plu, c’était presque gagné : « Votre manuscrit nous a vraiment plu, c’est une très belle histoire dotée d’une émotion rare, toutefois un petit rien manque pour une alchimie complète, nous sommes convaincus qu’un autre éditeur…
Fin Juin, les discussions de contrat étaient entamées avec Les 2 encres, une maison régionale située à Cholet. Seule incertitude, la distribution : nationale ou régionale ?
Le livre est sorti quatre mois plus tard après deux autres pénibles séries de correction et un allègement de 100 pages.

Rue des Livres - Quels conseils donneriez vous à des personnes souhaitant écrire?

Eric Belile - Aucun !
N’ayant pas la prétention d’être un écrivain, mais plutôt le narrateur de ma propre histoire

Par Eric BELILE - Publié dans : interview " Rue des livres"
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Dimanche 29 janvier 2006

 

LE JOURNAL DE LA PETITE EDITION

Le 1er numéro vient de sortir.

SOMMAIRE
• Le référencement livres sur Fnac.com
• Eric Belile, un auteur pour qui ça marche
• Le carnet oublié d’un aristocrate breton
• Illustrateur, graphiste, infographiste : les magiciens de l’image
• Le prix à payer pour participer au Salon du livre de Paris
• Liv’Editions : histoire d’une belle aventure
• Votre manuscrit a été refusé ? L.Ecrire peut vous aider
• Corlet Numérique, un imprimeur à la pointe de la technologie
• Les difficultés de diffusion de la petite édition

Pour lire le JPE, cliquez sur le lien ci-dessous ou faites un clic droit avec votre souris et sélectionnez "Enregistrer la cible sous".
http://lejpe.canalblog.com

Eric Belile, un auteur pour qui ça marche

 

Chef d’entreprise dans la région nantaise, Eric Belile a sorti au mois de novembre 2005
son premier ouvrage : Le petit Beur nantais.

Ayant essuyé les refus des éditeurs traditionnels, l’auteur s’est tourné vers l’auto-édition
pour sortir son livre, via un éditeur pratiquant le compte participatif.

VRP de son ouvrage auprès des points de vente et des médias, Eric Belile a ainsi écoulé près
de 2 000 exemplaires de son livre en quelques mois. S’il a un peu rusé pour être présent
dans les points de vente, l’auteur a été récompensé de ses efforts par l’accueil des lecteurs
qui ont bien accueilli son petit Beur nantais.

La preuve qu’avec une bonne histoire, du travail et de la persévérance, un auteur auto-édité peut réussir.
Voilà un exemple à suivre pour ceux qui voudraient diffuser leurs oeuvres par eux-mêmes.


 

Depuis quel âge écrivez-vous ?
J’écris depuis l’âge de 35 ans.

Qu’avez-vous écrit avant Le petit beur nantais ?
Plusieurs séries de nouvelles.

Combien de temps s’est-il écoulé entre l’écriture et la signature avec l’éditeur ?
Une fois le livre terminé et corrigé : huit mois.

Aviez-vous envoyé votre texte à plusieurs maisons d’édition ?
Je l’ai envoyé aux grandes maisons : Actes sud, Gallimard, Hachette, Le dilettante, Plon, Flammarion, XO
(chez qui j’ai failli être pris) et des
petites maisons d’édition régionales Le petit pavé, Siloë, Les deux encres et Amalthée.
Curieusement, j’ai eu des réponses auprès de toutes les grandes maisons avec des réponses bateaux du style : « Ne convient pas tout à fait à notre collection » avec un accusé de réception dès l’envoi. Les petites maisons régionales, hormis Les deux encres qui m’ont accepté, ne m’ont pas écrit, malgré mes relances. Ils se donnent un peu des grands airs non justifiés. Amalthée m’a envoyé un contrat deux jours après en me réclamant 3 000 euros pour couvrir leurs frais !

Vous avez mis près d’un an et demi pour écrire Le petit Beur nantais. Etait-ce une écriture régulière durant ces 18 mois ou entrecoupée de périodes d’inactivité où vous cherchiez des idées ? Non, je me suis arrêté en plein au milieu pendant huit mois parce que je n’avais pas envie d’écrire. Je préférais faire de la peinture à mes temps perdus.

Pourquoi avoir choisi l’auto-édition ?
Il s’agit d’un compte d’éditeur participatif. C’est-à-dire que je m’engageais à acheter 310 livres dès le début. Facture : 5500 euros ! Se faire éditer nécessite beaucoup d’argent pour un jeune auteur. La sélection se fait par le fric, c’est dommage…

Combien de personnes ont lu et corrigé votre manuscrit avant l’envoi chez l’imprimeur ?
Quatre personnes.

De nombreux auteurs choisissant l’auto-édition (soit l’auto-édition intégrale, soit par le biais du compte d’auteur) se plaignent des difficultés pour rentrer dans le circuit du livre. Quels conseils pouvez-vous leur donner ?
C’est normal, ils ne sont pas référencés auprès de diffuseur et d’après ce que j’ai pu constater, les libraires les évitent, craignant des livres mal écrits bourrés de fautes et nuisant à leur image. Je leur conseille l’édition soumis à une souscription.

Qu’avez-vous ressenti en voyant votre livre fini pour la première fois ? Quand vous avez fait votre première interview et votre première séance de dédicaces ?
Dans un premier temps la surprise de le voir terminé avec la première de couv., puis ensuite beaucoup de fierté.
Les interviews radio étaient impressionnantes parce que c’était une radio parisienne et l’émission durait une heure. La seconde radio était locale et plus petite donc plus engageante. A la fin un certain soulagement, fierté et espoir d’être acheté ailleurs que dans ma région.
Les premières dédicaces m’ont permis d’être près du public, de converser et la fierté d’avoir des livres tendus en donnant son prénom pour la dédicace.
Les journalistes « presse » semblaient très intéressés par le sujet mais développaient davantage sur moi que sur le bouquin.

Le meilleur vendeur d’un livre auprès du public et des points de vente n’est-il pas l’auteur lui-même ? Si vous avez démarché des points de vente, quel a été l’accueil du ou des vendeurs ? Est-ce plus facile dans une petite librairie ou dans une grosse structure comme la Fnac ou Leclerc ?
Indéniablement le meilleur vendeur est l’auteur lui-même, d’une part parce qu’il développe un enthousiasme important par rapport à un VRP qui n’a même pas lu le livre et est incapable de conseiller le point de vente, si tant est que le diffuseur se démène…
Oui, j’ai démarché personnellement toutes les librairies de Nantes et du département, puis un jour un Espace culturel Leclerc m’a téléphoné, ayant lu un des articles sur le bouquin pour me proposer de faire une dédicace seul… ça a très bien marché et du coup, j’ai prospecté tous les Leclerc. Tous me l’ont pris, me recommandant du premier, et dans des quantités importantes, j’étais fou de joie.
J’ai fait pendant un mois du lobbying en téléphonant, ma famille et moi-même à la Fnac, Virgin et Forum Privat en se faisant passer pour des clients et demandant s’ils avaient le livre en stock afin de l’acheter. La réponse était à chaque fois négative :
« Non, nous ne l’avons pas, mais il est pas mal demandé ». C’était tout bonnement nous ! On a dû donner cent coups de fil et certains de mes amis sont même passés pour le demander. Une semaine plus tard, il était à la Fnac au rayon nouveauté en évidence. Virgin et Privat ont suivi.

Conseilleriez-vous l’auto-édition à un auteur qui ne trouve pas d’éditeur ? Si oui, pourquoi ?
Si il n’a pas le choix, oui ! Mais il sera condamné à faire les foires du livre pour le vendre, toutefois être près du public est génial, mais il faut avoir du temps. Aucun libraire ne prendra le livre. A chaque fois, en prospection, on m’a demandé la maison d’édition et ils s’assuraient immédiatement qu’elle était bien référencée sur Electre (leur logiciel d’approvisionnement des livres) et beaucoup passaient par le distributeur ou diffuseur, même pas par la maison d’édition.

Combien de livres avez-vous vendu depuis la sortie du livre fin 2005 ?
Environ 2 000, mais il est sorti en plein Noël… Alors, c’était plus simple pour le vendre. Pour le moment, je ne suis représenté que dans mon département… mais il semble que nous livrons assez régulièrement amazon, fnac.com.

Combien de retombées médias avez-vous eu ? Les journalistes sont-ils faciles d’accès pour un livre auto-édité ? Qu’ont-ils pensé du livre ?
Environ 15 articles presse sur plusieurs départements mais limités à la région, mais j’ai été les chercher. Les journalistes se moquent s’il est auto-édité ou pas mais à chaque fois, ils m’ont demandé un dossier de presse de l’éditeur concernant mon livre. Ce qui les intéresse, c’est le sujet et le bonhomme, sa vie et si ça sort des sentiers battus avec un peu de sensationnel, Bingo !
En général, les journalistes avaient tous lu le livre et l’avaient effectivement apprécié (une chance) le comparant à La guerre des boutons de Pergaut ou alors à du Pagnol (observation démesurée mais qui m’a bien plu).

Avez-vous d’autres projets d’écriture en préparation ?
Oui, le tome 2 !

Le petit Beur nantais, Eric Belile.
Les deux encres éditions. 300 pages, 20 euros. ISBN 2-35168-007-3.

Merci à Eric Belile

 

Par Eric BELILE - Publié dans : Interview et critique du journal de l'édition
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